L'amant de Patagonie-Isabelle Autissier

Publié le 11 Mars 2013

Aujourd'hui, je vous présente «L'amant de Patagonie» d'Isabelle Autissier, un ouvrage qui fait partie de la sélection du concours interne à l'Association CULTURE ET BIBLIOTHEQUE POUR TOUS, sélection composée de 4 romans. Le résultat de ce concours sera connu le 15 Mai. Isabelle Autissier ? ce nom vous évoque plutôt une navigatrice qu'une romancière. Et pourtant, Isabelle a déjà beaucoup écrit, souvent à 4 mains comme ce roman avec Erik Orsenna : Salut au grand Sud et même, un livret d'opéra.

L'auteure Isabelle amoureuse de la mer, sportive, scientifique est née à Paris en 1956, et découvre la voile à l'âge de 6 ans. Elle devient ingénieur agronome en 1978. En 1991, elle réalise l'exploit d être la première femme à faire le tour du monde à la voile. Elle quitte alors l'enseignement pour se consacrer à la course au large. Après avoir abandonné la compétition, elle est nommée en 2009, présidente de WWF France. Cette écologiste convaincue et citoyenne engagée est aussi administrateur du Parc National de Port-Cros, Chevalier de l'Ordre du mérite et a reçu de nombreux prix comme le prix «LIVRE ET MER». Elle connaît donc parfaitement ces îles de la Patagonie et le détroit de Beagle où elle a planté le décor de son roman qui est une ode à la nature sauvage et à ses premiers habitants : LES INDIENS. Elle se souvient encore de son premier passage devant le Cap Horn, les marins ne l'oublient jamais !

 

En 1880 Emily, orpheline, a 16 ans lorsqu'elle est envoyée en Patagonie, à Ouchouaya exactement, elle, petite écossaise, loin de sa terre natale. Emily est intrépide et curieuse et a hâte de découvrir ce nouveau Pays. Elle sera la gouvernante des enfants du Révérend. Au début elle est horrifiée par l'aspect de ces sauvages qui vivent nus, puis elle découvre la beauté de cette endroit, les saisons de froid intense, le soleil lumineux et apprend à aimer l'âpre splendeur de ces peuples de l'eau et de la forêt. En tentant d'alphabétiser les petits indiens, elle va essayer de créer un pont entre ces 2 civilisations, la civilisation de ces hommes moitié–missionnaires, moitié-colonisateurs et celle des YAMANAS, peuple de cueilleurs-chasseurs. En même temps qu' Emily nous nous attachons à eux malgré le fait que nous les sachions condamnés. En effet en peu de temps ils auront disparu et nous prenons partie contre ces évangélisateurs rigides si surs de leur croyance, de leur civilisation, de leur bon droit.

 

Un extrait :

 

Je propose une partie de pêche à Aneki, nous partons dans la première baie, à l'ouest d'Ouchouaya que les indiens appellent Lapataïa. Elle est protégée par des îlots et ses eaux sont calmes sous un ciel gris. « Aneki, tu pourrais vivre dans une maison en dur comme la nôtre ? Tu pourrais avoir une femme qui ne soit pas de ta race ? Chez nous l'homme et la femme se choisissent ensemble. Parfois un Yamana et une Akalatuf se marient et même des fois une Yamana se laisse enlever par un Ona car ellele veut bien. Mais entre des Yamanas et des blancs ? Un homme est un homme, une femme est une femme. Des blancs ont pris des épouses indiennes  Je tremble. Et si moi je le voulais ? Alors moi je le voudrais aussi.»

Et c'est ainsi que le destin d' Emily et d' Aneki est scellé. Rejetée par sa communauté, Emily s'enfuit avec lui et vit à la manière indienne, une vie rude, sans confort …....... jusqu'au drame.

 

Les parties les plus réussies de cet ouvrage sont les parties documentaires, avec les descriptions de la beauté sauvage du détroit de Beagle, les baleines et les orques. Une belle phrase qui parle de toute cette beauté :

«Le vent fort est toujours là, et la mer sans fin, et la lumière nue, et l'alliance des gris, des verts, des blancs et l'indéfinissable énergie née de leur pacte intime, bien avant les hommes, et bien après eux, indifférente à leurs races et à leurs rêves. »

Isabelle a un peu plus de mal avec ses deux héros et leur histoire d'amour contrariée, mais le souffle historique et romanesque nous entraîne malgré tout dans cette aventure formidable.

L'auteure restitue avec justesse les mentalités de l'époque et la rigidité qui régissait la vie des femmes blanches. On devine son amour pour ces terres extrêmes.

Ce roman traite de la destruction des cultures, des peuples et de l'environnement mais il n'idéalise pas pour autant le mode de vie des indiens. Il évoque d'une manière mélancolique la fin d'un monde et a séduit les jurés du prix des lecteurs de l'EXPRESS et j espère qu'il vous séduira vous aussi …....

Claudie J.